Dans cet épisode d’ Anthony en Duplex, je rencontre Roberto Palomba, figure majeure du design contemporain. Architecte, designer, directeur artistique, il a collaboré avec les plus grandes maisons. Ici, il se raconte par touches, avec une précision tranquille : ce qui lui donne de l’élan, ce qui le stabilise, et ce qu’il met au cœur du design.

Une inspiration qui respire
Roberto Palomba place son inspiration dans une respiration. Il parle de vacances, de voyage, de relâchement, comme d’un état nécessaire pour retrouver le bon rythme. Pas une fuite, plutôt une manière de laisser retomber la pression et de remettre le regard à zéro. Il décrit cette sensation où l’esprit “s’envole”, où les idées reviennent sans être forcées, quand on accepte enfin de lever le pied.
Cette disponibilité dit beaucoup de sa manière de créer : chez lui, l’inspiration ne vient pas d’un effort de contrôle, mais d’un espace mental retrouvé. Le mouvement, la distance, le repos deviennent des outils. Presque une hygiène.
Apaisement, couleur, héritage
Le calme, Roberto ne le cherche pas dans un décor spectaculaire. Il le rattache à sa ville : un lieu connu, stable, protecteur. Une forme d’ancrage, comme si le plus apaisant n’était pas l’ailleurs, mais l’endroit où l’on n’a plus besoin de se prouver quoi que ce soit.
À cette atmosphère, il associe une couleur, le bordeaux. Une teinte dense, profonde, qui évoque une élégance sans démonstration, et une certaine chaleur intérieure. Et lorsqu’il parle d’admiration, il revient immédiatement à son grand-père. Pas une figure distante, mais un repère intime. On comprend que son univers tient autant de la mémoire et de la fidélité que du geste créatif.
Une phrase, une transmission
Son mantra se dit comme une règle de vie : “Express yourself, don’t repress yourself.” S’exprimer, ne pas se réprimer. Roberto défend l’idée qu’une création juste commence par une vérité assumée. Que l’on perd quelque chose dès qu’on se contraint au point de s’effacer.
Dans le même mouvement, il évoque son mentor, récemment disparu : un professeur de ses années d’université. La transmission apparaît ici comme un socle, pas comme un détail biographique. On sent ce que cette présence a laissé : un regard, une exigence, une manière de penser. Comme si la création, même très personnelle, restait toujours une histoire de passages de relais.
Le design simplement
Roberto formule une définition très claire : ce qui n’existe pas dans la nature doit être conçu. Le design, pour lui, c’est inventer ce qui manque, créer et développer ce dont on a besoin, donner forme à des usages, à des fonctions, à des objets qui ne “poussent” pas tout seuls.
Mais il ajoute aussitôt la condition essentielle : l’empathie. Comprendre l’autre, se projeter dans ses gestes, ses habitudes, ses attentes. Sans empathie, l’objet devient pure démonstration. Avec empathie, il devient relation, présence, évidence.
Il résume enfin son style par un équilibre qu’il assume pleinement : viser le simple, sans renoncer à une complexité intérieure. Une simplicité de synthèse, pas une simplicité de facilité.